Extraits du dossier de presse - mes pistes et réflexions

Texte

 

Il n’y a pas, dans les images que je filme, une opposition entre réalité et fiction mais une présence, qui peut être masquée au premier regard, de la fiction et de la mise en scène au cœur même de ce qui semble être captation du réel.

Dans cette recherche d’espace où se déploient les interactions entre le réel et la fiction, et les êtres qui l’animent, mes vidéos prennent souvent dans leur monstration une dimension immersive et en elles-mêmes architecturales : plusieurs écrans diffusent de manière simultanée, sur plusieurs plans, la scène filmée, projection frontale qui met le spectateur au cœur du dispositif l’invitant à circuler d’un écran à l’autre, d’une image à l’autre.

La mise en scène de mes vidéos se révèle souvent comme une figure poétique mettant en présence la subjectivité de corps et d’attitudes comme lieu des possibles, et l’image, comme lieu de manques à combler.

Que regarde t-on au juste quand on regarde une image ? Quelle place nous assigne-t-elle lorsque nous sommes face à un écran ? La notion de « réalisme », que l’on trouve dans la sémantique littéraire ou cinématographique a-t-elle ici sa place, ou justement est-ce l’intrusion de l’évènement, un décalage manifestant l’irruption de la fiction dans le réel qui donne sa valeur « artistique » à l’image ?

Dans mon travail de vidéo, se revisitent des questions quant à ce qu’est l’acte de filmer dans sa mise en représentation d’un espace et d’un temps définis comme « hétérotopiques ». Foucault définissait en effet l’hétérotopie comme lieu physique de l’utopie, un lieu échappant au réel, un non-lieu à la fois réel et imaginaire. Ce non-lieu est, typiquement, l’espace de l’art et c’est précisément que je cherche à faire émerger dans ses images, une manière cartographique de reporter l’imaginaire sur le réel, ou « déplaçant les lignes de séparation entre espace utopique et réalité ».

Une grande partie de mon travail repose aussi sur un questionnement sur le statut de l’image, et, par extension, sur celui de son auteur et du spectateur. Qui suis-je lorsque je prends position derrière la caméra ? Qu’est-ce que je filme, ou autrement dit, quel sens j’entends insuffler à l’image que je capte ? Mes images sont-elles présentation du réel, ou représentation, fictionnée ?

Au travers des images que je produis, l’auteur comme le spectateur se retrouvent projetés au cœur d’un dispositif expérimental et existentiel.

Il y a, dans mes vidéos « Itinéraires », toujours une sorte d’étrangeté poétique, une lenteur qui prend la forme de l’attente, une attitude déceptive (finalement il ne se passe « que çà »), bref, quelque chose de l’ordre d’un absurde beckettien.

Une femme dans un lieu désert, un bord de route, une piste d’aéroport, peut-être…une attente, quelque chose peut- doit- arriver. En réalité, quelque chose est arrivé, un geste, une libération, mais on ne le comprendra qu’à la fin.

Je réactive ainsi la question ontologique leibnizienne, et fondamentale du sentiment de l’absurde, du « pourquoi (se passe-t-il) quelque chose et pas plutôt rien ? »

 

Temporalité

 

 L’idée d’hétérotopie, récurrente dans mon travail, entraîne logiquement une hétérochronie, que l’on pourrait définir comme une possibilité de rupture dans la réalité temporelle, comme flux et chronologie. Pourtant, ici, c’est bien la temporalité au sens de Heidegger ou de Sartre, c’est-à-dire l’inscription de l’existence et de la conscience humaine dans ce flux irréversible, avec ce qu’elle implique en terme ontologique (la finitude) et éthique (l’irrévocable) qui l’intéressent.

Ainsi, je n'oublie jamais que je filme du temps incarné, et cette phrase de Vladimir Jankélévitch « la temporalité ne se conçoit qu’irréversible » (L’irréversible et la nostalgie). Les gens qui passent dans le champ, les gestes que feront ses « personnages », tout cela n’est possible qu’une seule et unique fois. « C’est justement cette grâce de la deuxième fois qui nous est refusée ; inflexiblement, rigoureusement refusée » dit encore Jankélévitch. Quand bien même je voudrais « refaire la scène », elle ne pourrait qu’être différente.

Parfois, cependant, par la magie de l’image filmée, le « renversement temporel », contourne cette impossibilité.

Cette évidence de l’irréversibilité menant à l’irrévocable ouvre à une dimension essentielle : celle de l’engagement.

Le nécessaire engagement contenu dans tout acte, aussi insignifiant soit-il en apparence, et ce pour quoi les échanges, gestes, regards, rencontres possibles sont autant de « presque-rien » qui disent quelque chose.

Dossier de Presse - 2012 - Avec Marie Deparis

 

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Commentaires

12.02 | 22:13

Very interesting.

...
27.01 | 15:56

Le travail de cette artiste est au cœur des nouvelles productions de subjectivité que j'attend et espère dans cet océan de médiocrité et de paresse ambiante

...
16.12 | 22:55

Simmetria ermetica.

...
05.06 | 12:03
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